Edito

par Dominique Hervieu, directrice artistique

Continuer l’élan de la danse à Lyon et vous surprendre ! Voici l’objectif de ma première édition de la Biennale de la danse. Par quels moyens ?

Faire de la Biennale avant tout, un festival de création.
Faire aimer la danse à de nouveaux publics en diversifiant encore plus la programmation. Aller vers ceux qui pensent encore que la danse n’est pas pour eux…
Etonner les « aficionados » avec les dernières créations des « maîtres » et la découverte de nouveaux courants, de nouvelles expériences, de nouvelles formes artistiques.
Garder les grandes oeuvres populaires qui nous rassemblent.
Donner l’envie à tous de participer : nous avons créé une fabrique de l’amateur qui offre de nombreuses possibilités aux spectateurs de devenir « acteurs de la Biennale » en vivant des expériences sensibles inédites, conduites par des artistes. Danser avec Mourad Merzouki, place Bellecour, devenir ambassadeur-complice des Cinébals, participer au concours de sauts sur Internet, découvrir des spectacles et danser avec ses enfants pendant le week-end famille… 

Les deux lignes de force de la Biennale 2012 affirment des valeurs et des nécessités absolues dans le monde de l’art d’aujourd’hui : soutenir davantage la création artistique et élargir la participation du public.

L’équipe de la Biennale sera au service des artistes pour faire partager 19 créations dont 15 premières mondiales et suivre avec le public 8 résidences de création « made in Lyon ». Vous pourrez ainsi entrer dans la fabrique des oeuvres et rencontrer les artistes lors de leurs résidences de créations. Ces échanges en direct seront relayés par numeridanse.tv, site de culture chorégraphique gratuit en résonance avec la programmation. De nombreux philosophes, universitaires, critiques d’art éclaireront également les enjeux de la programmation.

C’est notre fabrique du regard qui donne au public une place centrale, critique et active au coeur de la Biennale. Elle permet d’entrer de plain-pied dans le large panorama de la danse d’aujourd’hui qui convie le spectaculaire, le politique, l’émotion, l’exotisme, le réflexif, le récit, la virtuosité, le minimalisme, l’humour, la fête…

J'ai souhaité élaborer une esthétique de la diversité en proposant une architecture de programmation qui offre divers cheminements dans un foisonnement esthétique. Je voudrais montrer qu'au sein de ce kaléidoscope, la danse est un art majeur qui influence aujourd'hui les autres arts : le théâtre, la performance, le cirque, les arts plastiques, etc. David Bobee, metteur en scène, Antoine Defoort et Halory Goerger, plasticiens, Phia Ménard, performeuse, la compagnie 14:20, chef de file de la magie nouvelle nous emmènent vers ces nouveaux horizons de la transdisciplinarité où le rapport au corps nourrit la dramaturgie. Nous proposons également deux parcours à l’intérieur de la Biennale. C’est en écoutant les artistes que plusieurs thématiques se sont construites telles que le récit ou le rapport entre danse et littérature, qui relie le Journal de Nijinski dit par Patrice Chéreau dans le spectacle de Thierry Thieû Niang et Jean-Pierre Moulères, la création d'Angelin Preljocaj à partir de Ce que j'appelle oubli de Laurent Mauvignier, la création de Rachid Ouramdane autour d'un travail de  « ré-écriture du réel » ou En piste, un tour de chant chorégraphique. Comment les chorégraphes s’emparent-ils de ces mots, dits ou non sur scène ? Comment la force narratrice rencontre le mouvement, la musicalité ? Pourquoi les créateurs ont-ils recours au récit souvent en prise avec le réel, entre sens et matière, poétique et politique, abstraction et théâtralité ? Une réflexion puissante sur les liens entre art et société s'élabore dans ces créations.

Si la Biennale continue à inviter des artistes de tous les continents, j'ai souhaité que cette édition se concentre plus en détail sur l'Asie : son patrimoine, sa modernité. Avec la Troupe des artistes de Sebatu - Bali, nous assistons à une grande fable universelle interprétée par 50 artistes. Bali, danses et drames, en hommage à Antonin Artaud, nous plongera dans la grande tradition des arts théâtraux et chorégraphiques balinais et mettra en perspective notre modernité. La création ritualisée d’Ushio Amagatsu, le hip-hop inspiré des mangas de Mortal Combat, les collaborations franco-taïwanaises, les soli de grands interprètes japonais vivant en France nous donneront un condensé contrasté de vitalité et d'invention asiatique.

Je suis convaincue que la diversité esthétique est aujourd’hui la condition vitale de l’expérience de la contemporanéité. J’ai voulu la Biennale 2012 populaire et expérimentale. Elle réunira les artistes les plus importants de leur génération venant d’Asie, d’Afrique, d’Europe, mais aussi de France, de Rillieux-la-Pape et d’Isère… Nous mettrons en évidence une nouvelle dynamique qui souffle sur les arts vivants.

J’ai la chance de travailler avec le critique d'art Laurent Goumarre, directeur adjoint à la programmation, qui a contribué aux choix artistiques de cette première édition. Nous le retrouverons pendant le festival à l’occasion de deux rendez-vous avec les artistes.

Une Biennale plus dense.
Nous avons choisi de créer une Biennale plus resserrée, sur 18 jours, pour gagner en intensité, privilégier une ambiance festivalière
et créer un précipité d’oeuvres qui se chahutent, se bousculent, se contredisent et s’éclairent mutuellement. Guidés par un désir d’ouverture entier, nous créons en permanence des grands écarts esthétiques qu’aucun thème ne peut rassembler.

Nous espérons ardemment que cette disponibilité sensible devienne le terreau d’adhésion et de curiosité joyeuse des spectateurs. Il n’y a pas de titre à cette Biennale. C’est la quinzième édition de la Biennale de la danse de Lyon, un chiffre important pour à la fois saluer l’immense travail déjà réalisé et ouvrir un nouveau chapitre. Je souhaite que cet événement montre, une fois de plus et par ces temps difficiles, l’irremplaçable place que l’art, et en particulier l’art vivant, générateur de nouveaux points de vue, peut avoir dans la vie de chacun. Jean Vilar disait en 1965 : « Tant que le théâtre est en crise, il va bien ». L’art est peut-être aujourd’hui ce lieu précieux où l’état de crise est associé à l’invention et à l’espoir. Profitons-en !